L’abeille est apparue sur la terre il y a plus de 100 million d’années.

L’homo sapiens lui, est apparu il y a 0,25 million d’années…

L’abeille sait donc parfaitement se débrouiller sans ce mammifère bipède qui a la prétention de gérer la nature !

L’apiculture naturelle et ses bienfaits pour agir contre le déclin des populations d’abeilles.
Détail d’un rayon de miel. ©Pierre Javaudin

Les tout premiers apiculteurs

De tout temps, l’homme a « élevé des abeilles ». D’abord à la recherche de la cire, dans les troncs creux qui abritaient les colonies, les hommes ont vite installé des ruches près de leurs habitations.

Durant de milliers d’années, chaque région a adapté son modèle de ruches.

Certaines en paille, d’autres en terre, en osier, en bois, elles étaient fabriquées avec les matériaux disponibles localement.

Leur principal défaut était l’obligation de supprimer la colonie d’abeilles, par l’utilisation du soufre ou par noyade, afin de récolter le miel et la cire.

Les abeilles construisant leurs rayons en s’accrochant dans la structure, il était impossible de faire autrement.

La naissance de l’apiculture « intensive »

L’apiculture naturelle et ses bienfaits pour agir contre le déclin des populations d’abeilles.
Ruche Dadant ©Pierre Javaudin

La ruche Dadant

Créée en 1890, en pleine période où la société à dominante agricole s’oriente vers une société industrielle, la ruche Dadant devient rapidement la référence en apiculture.
Charles Dadant est considéré comme l’un des pères de l’apiculture moderne. L’utilisation de cadres garnis de cire gaufrée et l’extraction à l’aide de centrifugeuses ont permis d’optimiser le travail des apiculteurs et d’augmenter les rendements.
L’apiculture intensive était née…
Cette ruche marque un véritable tournant dans l’histoire de l’apiculture, elle a enfin permis de récolter le miel sans supprimer la colonie.

Des méthodes de pros…

La ruche Dadant est équipée de 10 ou 12 cadres selon le modèle.

L’élément du bas abrite la colonie, les étages qui sont ajoutés au-dessus servent pour les réserves de miel.

Le dernier étage est un nourrisseur et le tout est couvert d’un toit métallique qui rend l’ensemble bien étanche.

Garnie d’une espèce d’abeille populeuse et productive, une ruche conduite par un professionnel peut produire jusqu’à 25 kg de miel/an.

Des amateurs aux méthodes de pros

En France, 25 000 apiculteurs possèdent moins de 10 ruches, cela représente de 70 % des apiculteurs !

Souvent formés par les ruchers-écoles, ces amateurs éclairés sont avant tout des passionnés. Ils utilisent les mêmes abeilles, les mêmes ruches et souvent les mêmes méthodes que les pros…

Un peu comme si pour quelques plants de tomates et de salades dans un jardin, un amateur utilisait le même matériel et les mêmes méthodes qu’un horticulteur professionnel.

Une apiculture intensive dans le jardin en quelque sorte.

Des pratiques allant à l’encontre du fonctionnement naturel des abeilles

Imposer de la cire gaufrée préfabriquée

Dans les ruches conventionnelles, les apiculteurs installent des cires préfabriquées souhaitant que les abeilles passent leur temps à butiner plutôt que de le perdre à construire des rayons.

Or les abeilles bâtisseuses sont de jeunes abeilles qui ne sortent pas de la ruche à cet âge !

Dans la nature, les jeunes abeilles produisent de la cire et deviennent bâtisseuses.

Cette fonction est indispensable à la cohérence de la colonie : elles décident ainsi le nombre de rayons à construire, mais aussi le nombre de cellules mâles que la colonie produira.

Le préfabriqué n’existe pas dans la nature, chaque colonie agence ses rayons en fonction de ses besoins.

L’apiculture naturelle et ses bienfaits pour agir contre le déclin des populations d’abeilles.
Rayons de cire naturellement construit par les abeilles bâtisseuses à l’intérieur d’une ruche horizontale. ©Pierre Javaudin

Le nourrissement à base de sucre

Les abeilles fabriquent du miel pour se nourrir et non pour l’apiculteur.

Ce miel est constitué de glucides, de protides, de sels minéraux, d’acides organiques, de nombreuses vitamines, des lipides, des minéraux, des oligo-éléments, enzymes et antibiotiques. C’est une nourriture complète et indispensable à la bonne santé de la colonie.

Préférant piller leurs réserves avant l’hiver, l’apiculteur conventionnel offre, en échange, une nourriture (nourrissement) à base de sucre (saccharose) qu’il installe dans le nourrisseur situé sous le toit de la ruche.

Cette nourriture est très pauvre et n’apporte pas les éléments indispensables à la bonne santé de l’abeille. Un être mal nourri est toujours plus faible et moins résistant face aux maladies.

Pour une apiculture plus naturelle, laissons donc du miel aux abeilles 😉

L’apiculture naturelle et ses bienfaits pour agir contre le déclin des populations d’abeilles.
Rayon de miel en cours de maturation, tel qu’on peut en trouver dans les ruches horizontales. ©Pierre Javaudin

L’insémination artificielle

Cette intervention humaine n’a pas lieu d’être dans une démarche d’apiculture naturelle à moins qu’elle serve un but de sauvegarde d’une espèce menacée comme l’abeille noire.

Dans ce cas particulier, l’insémination artificielle peut parfois être nécessaire pour favoriser le repeuplement du territoire par cette espèce endémique.

Autrement, dans la nature, quand une jeune reine s’envole de la ruche pour se faire féconder, elle rejoint un bal dans un lieu éloigné de sa ruche.

À plusieurs dizaines de mètres du sol, des milliers de mâles font la course pour féconder la reine.

Après l’accouplement, le mâle meurt et la reine continue le bal.

Elle se fera féconder par une quinzaine de mâles avant de retourner à la ruche pour ne plus en ressortir, sauf lors d’un essaimage.

La reine stocke le sperme des mâles dans un réceptacle appelé spermathèque.

Elle pourra ainsi garder pendant environ 4 ans la semence afin de féconder ses œufs.
Dans une ruche toutes les abeilles sont donc les filles de la reine et sont demi-sœurs, car de pères différents.

Le traitement des parasites aux insecticides

Le principal parasite de l’abeille est le varroa. Cette puce de l’abeille suce l’hémolymphe de sa victime.

Ce parasite a été introduit par les apiculteurs en important des abeilles asiatiques dans les années 1980.

Aucune ruche n’y échappe, les mâles, volant de ruche en ruche, rependent les varroas dans les colonies qui en sont exemptes.

Les traitements chimiques préventifs sont légion dans les ruches.

L’un des produits les plus utilisés est constitué d’une substance active (l’amitraze) interdite en agriculture !

Plutôt que d’introduire des insecticides dans une ruche abritant des insectes, véritable non-sens, l’utilisation d’huiles essentielles (thymol, eucalyptus) ou de médicaments plus adaptés sera moins nocive pour les abeilles.

Le clippage pour empêcher l’essaimage

L’essaimage est un phénomène naturel vécu comme un cauchemar par la plupart des apiculteurs.

Lorsque la moitié des abeilles s’envolent avec la reine, il ne reste plus que l’autre moitié dans la ruche.

Cette moitié de colonie, c’est deux fois moins de butineuses pendant plusieurs semaines et en pleine saison…

La récolte risque donc d’être moins importante. Afin d’éviter l’envol de la reine, certains apiculteurs n’hésitent pas à lui couper une aile (clippage) afin qu’elle ne quitte pas la ruche.

Or l’essaimage est le mode naturel de reproduction et dispersion des colonies d’abeilles dans l’espace.

Certes, la production peut en pâtir, mais grâce à ce départ, une nouvelle colonie est créée et prête à s’installer dans une nouvelle ruche.

L’apiculture naturelle et ses bienfaits pour agir contre le déclin des populations d’abeilles.
Ruche horizontale idéale pour la pratique d’une apiculture naturelle. ©Pierre Javaudin

Se mettre à l’apiculture naturelle

Dans une démarche d’apiculture naturelle, le bien-être de l’abeille est au centre des préoccupations de l’apiculteur.
Certaines ruches sont plus propices à cette pratique. La ruche horizontale est parfaite pour une utilisation familiale et de loisir.
Pas de cire gaufrée, pas de nourriture au sucre, pas d’insémination artificielle…

Les abeilles œuvrent en toute liberté et à leur rythme.
L’apiculteur laisse ses abeilles se nourrir avec leur miel.

Celles-ci en stockent toujours plus que nécessaire, il en restera quelques kilos pour l’apiculteur…

En conclusion, vous l’aurez compris, l’apiculture naturelle se conjugue au verbe ÊTRE et non au verbe AVOIR !

Pierre Javaudin.

Une ruche dans mon jardin

Une ruche dans mon jardin

Fabriquez votre ruche horizontale et récoltez votre miel

Pierre Javaudin

Éditions Larousse – 2020.
12.90 €

Ce livre n’est plus édité, mais reste disponible en occasion.

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Pierre Javaudin

Pierre Javaudin

Spécialiste en l’apiculture naturelle, retrouvez tous ses conseils dans son livre Une ruche dans mon jardin.

Retrouvez-le sur son site : www.ruche-naturelle.fr.